ONIFERIQUE (extrait)
J’avançais sans savoir où mes pas me guidaient. Non je n’avançais pas, c’était le décor qui changeait sans cesse, se mouvait, tournoyait autour de moi. J’étais tantôt assis dans un car bondé pour une destination inconnue, tantôt nocher sur une embarcation de fortune voguant impétueusement sur les flots de l’azur infini… plus tard un épervier, tel Icare déployant insolemment ses ailes dans le vide quitte à toucher l’astre doré virevoltait comme un chat pris au dépourvu dans un sac. Les images s’étaient maintenant stabilisées, figées comme des peintures rupestres d’une époque pré-néenderthalienne. Ma tête et le reste de mon corps avaient retrouvé leur forme humaine d’antan et ne tournaient plus dans tous les sens. J’étais maintenant dans une salle de classe, debout au milieu de nombreux inconnus, ne sachant ni pourquoi j’y étais ni ce que j’étais censé y faire.
Un homme d’une cinquantaine d’années environ, noir comme une nuit d’août sans lune, avec une petite tête dont les yeux étaient cachés par une paire de lunettes, fit son apparition. Si j’étais bel et bien dans une salle de classe comme je le pensais alors cet homme qui venait d’émerger du néant était peut-être le maître des lieux. L’enseignant, un bougre au regard austère, aux jambes étonnamment longues pour un être humain, aux contours flous comme s’il n’était fait que de plasma, me toisa avant de nous ordonner – à moi et aux inconnus présents - de sortir en vitesse de son pré carré. Aussitôt, une nuée d’adultes et d’enfants se précipita vers une porte métallique qui rétrécissait au fur et à mesure qu’on se rapprochait d’elle.
Ils avaient tous réussi à se faufiler dehors. Moi, j’étais resté figé sur place, incapable de faire le moindre mouvement. Ne comprenant ni comment j’avais aterri là ni où je me trouvais réellement, je n’avais pas bougé d’un pouce. Je me recroquevillai instinctivement sur moi-même, me retrouvant au sol en position fœtale alors que le décor se mettait de nouveau en branle : les murs de la salle de classe s’étaient brusquement envolés pour faire place à ce qui semblait être une cour d’école. Je me relevai quelques instants après cet énième changement de décor, tant bien que mal avouons-le, résolument décidé à percer les mystères de ce monde nouveau qui s’offrait à moi.
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